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 Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes (résumé)

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Erwann Bleu

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Date d'inscription : 12/12/2008

MessageSujet: Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes (résumé)   Mar 23 Déc - 15:02

L'article original est présent ici (il s'agit en fait d'un tour d'horizon des différents livres ayant fleuri sur la crise).

De l'aveu même des défenseurs du capitalisme financier mondial (Ben Bernanke et Alan Greenspan), la crise dite des "subprimes" est la crise la plus grave depuis 1930 (dans les pays du nord) dont les pertes pour les banques sont énormes (estimées aux alentours de 2000 milliards de dollars par le FMI - ce qui est encore sous-évalué). Yann Moulier Boutang, tout en fustigeant les mensonges et l'inactivité de la France face à cette crise, pointe deux causes :
- D'abord le défaut de paiement des prêts hypothécaires par les ménages américains.
- Ensuite la faillite simultanée de l'ensemble du système de financement (très souple) de l'accession à la propriété.

Il en dégage un certain nombre de constats :
- Celui "du triomphe dans la financiarisation extrême de l'économie de la valeur actionnariale (la priorité donnée dans la répartition des ressources issues de la production aux propriétaires des entreprises sur les salariés et les managers)".
- Ensuite, celui de "la montée des différents types de fonds spéculatifs [Hedge funds et Private equity] qui deviennent les véritables acteurs des composition/décomposition et recomposition des entreprises au détriment" de la connaissance de la bourse pour le public.
Ce qui signifie qu'on ne peut plus incriminer la bourse elle-même de par son importance, ni que l'on puisse espérer l'instauration d'une plus grande transparence dans le fonctionnement de la finance puisque ces fonds spéculatifs sont particulièrement protégés "par le secret, la connivence et les solidarités politiques de réseau" (ils pratiquent les opérations d'acquisition par le levier de l'endettement avec les fonds souverains).

Cette crise est généralement comprise comme étant le signe irréfutable d'une "certaine panne de la théorie générale du capitalisme actuel et de sa mue".

"Comment marche le marché hypothécaire aux Etats-Unis et au Royaume-Uni ? Comment la crise de liquidité est-elle devenue une crise de confiance ? S'agit-il d'une crise américaine ou mondiale ? Sommes-nous en train de basculer dans une nouvelle grande dépression semblable à celle des années 1930 ? La mondialisation ou la financiarisation sont-elles fautives ?"


Il faut savoir que le patrimoine des ménages américains est passé de 27600 milliards de dollars en 1995 à 51800 milliards en 2005 - une telle augmentation s'est faite grâce à une politique d'accès très facile au crédit (et l'immobilier résidentiel américain représente 47% de cet accroissement - plus de la moitié des emprunts immobiliers n'ont fait l'objet d'aucune vérification).

L'idéologie de cette politique, selon Yann Moulier Boutang, s'explique par la nécessité de maintenir, afin de stabiliser un pays dans lequel l'écart entre les plus riches et les plus pauvres est abyssal et ne cesse encore d'augmenter, l'illusion du rêve américain (l'accession pour tous à la propriété - ainsi que le défendait Guizot sous Louis-Phillipe, pour stabiliser un pays, il faut augmenter le nombre de propriétaires). C'est ainsi qu'en Angleterre, le nombre de propriétaires est passé en dix ans de 37% à 57% et qu'aux Etats-Unis, il est passé de 57% à 69% ("Pas besoin de chercher ailleurs la popularité de la finance").
En France, faute de croissance, cela n'a pu se faire malgré les propositions de Boutin et Boorlo : ce sont les organismes publics qui financent les logements (solution vers laquelle devront se tourner les pays touchés par la crise - "transformation sociale déjà considérable").


Ces ménages américains ont donc consommé plus qu'ils ne possédaient de revenus, poussés en cela par leur confiance aveugle en la croissance qui devait faire augmenter la valeur de leur compte-action ainsi que celle de leur maison payée à crédit - tandis que de leur côté, les ménages chinois épargnaient "pour une protection sociale et une consommation de masse qu'ils n'ont pas".

"N'eût été [...] la chaîne inextricable des interdépendances créées [par les produits dérivés et la titrisation] entre les différents organismes financiers d'une part et l'emprunteur initial et le créancier final d'autre part, soit une mutualisation tellement dense de la propriété qu'elle rend impossible de séparer les mauvaises créances des bonnes, ce ne sont pas 2 à 3 millions de ménages américains (soit entre 12 et 15 millions de personnes) qui risqueraient de se retrouver à la rue, mais beaucoup plus."

C'est ainsi que, bien que le marché de l'immobilier et la bourse continuent à baisser, augmentant ainsi le nombre potentiel de ménages défaillants (12 millions de ménages ont emprunté), les banquiers n'ont pu mettre à la rue tous ces ménages, puisque cela les aurait également exposé à la faillite.
De même, le gouvernement républicain n'a donc pas mené les purges que préconisaient certains afin d'y voir un peu plus clair : une telle chose aurait mené à une situation politiquement catastrophique à cause du nombre important de ménages concernés (liés aussi aux banquiers, etc.). Il a contraire "quasiment nationalisé les deux organismes géants de garantie du crédit immobilier [...], garanti [...] les créances douteuses de certains banques [...], mis en route un moratoire des expulsions et transformé les emprunts à taux variables en emprunts à taux fixe" tout en mettant en place un programme de relance "correspondant à l'injection de 1% du PIB (150 milliards de dollars)".


Yann Moulier Boutang note ensuite que :
- Si le jeu ordinaire du marché avait joué - comme le défend le dogme néo-libéral - les quinze plus grandes banques mondiales auraient fait faillite depuis un an (ceci pour les affaires privées).
- L'Etat américain a "accumulé les doubles déficits [...] de sa balance commerciale et de son budget" (excepté sous les 8 ans de Clinton), ce qui aurait dû conduire à la dégradation de sa notation (ceci pour les affaires publiques/mondiales).

Mais cette règle de la notation "ne s'applique pas aux Etats-Unis" car depuis les "accords des Açores suspendant la convertibilité du dollar en 1971", ce pays n'est plus tenu de libeller en devises étrangères le solde de sa balance commerciale, ni les emprunts des finances fédérales (2 milliards par jour) : "celui dont la monnaie est acceptée comme instrument de règlement et de réserve ne fait plus face à la contrainte de paiement. Il règle ses dettes en sa propre monnaie [...] qu'il peut imprimer au risque de déclencher une crise de confiance, ou plus subtilement emprunter à l'étranger en payant avec ses propres espèces".

Cela provient de deux facteurs :
- Une puissance économique et militaire sans équivalent.
- Un conseil des grands de la finance mondiale (le président de la réserve fédérale peut réunir les dirigeants des 10 premières banques de Wall Street - ainsi que quelques autres européennes et japonaises - et les assurer de son soutien sans faille).

L'autorité de l'Etat américain se traduit par "l'estampillage AAA délivré par les agences de notation financière, c'est-à-dire la meilleure note attribuée à toutes ses émissions d'emprunt". Grâce à cet estampillage (alors qu'au niveau macro-économique les EU dépensent plus qu'ils ne gagnent), les EU draînent alors les excédents d'épargne mondiale et place les obligations de leurs bons du trésor dans différentes banques mondiales.
"Le Trésor et la Banque centrale ne sont plus tenus par une parité fixe du dollar par rapport à des réserves d'or, ni d'ailleurs par rapport à un panier de devises étrangères" ("possibilité d'agir sur le taux d'intérêt et sur la valeur de sa monnaie").

Tout cela a une contrepartie : "La pompe aspirante/refoulante monétaire américaine assure le recyclage des excédents des balances des paiements des pays producteurs de pétrole et tire la croissance économique mondiale, car c'est la seule condition pour que la pétaudière planétaire n'explose pas politiquement" (c'est là que l'on comprend le rôle de l'hyperconsommation américaine et leur taux d'épargne nulle : ils assurent que la demande mondiale corresponde bien à l'offre, que ce soit en terme d'équipements industriels ou de biens/services cognitifs).

L'emballement du crédit intérieur et extérieur ne se situe pas dans une liquidité trop abondante, mais résulte de "déséquilibres structurels" :
- Un déséquilibre démographique. Les populations vieillissantes des pays du nord n'épargnent plus alors que les entreprises et l'Etat des pays du sud, dynamiques mais tournés vers l'exportation, épargnent de plus en plus.
- "Une réorientation radicale de l'accumulation vers un mode de développement soutenable à l'échelle de la planète, ailleurs et autrement que dans la politique de communication des grands groupes... pétroliers" : c'est-à-dire que les liquidités sont mal orientées en fonction des enjeux écologiques (donc passant par un investissement dans la recherche et l'éducation) à venir. Le problème est donc aussi politique.

"... l'explication de l'anomalie américaine (un interminable déficit de la balance commerciale et un colossal déficit budgétaire) [se fait] par la croissance endogène et par la dark matter (la matière manquante), c'est-à-dire une croissance et une avance américaine dans l'économie de l'immatériel" tandis que la confiance mondiale envers la signature américaine s'explique par la confiance envers le "capitalisme cognitif" américain.


"... on s'aperçoit que le néolibéralisme est mort historiquement" (selon Keynes, "les crises monétaires, puis financières, apparaissent toujours quand le lien avec le futur devient problématique".

"Haro sur la financiarisation ! N'est-ce pas se tromper de cible ?"


"Le taux de capacités nettes financières ou de cash flow net (revenus moins les dépenses de consommation et d'investissement/revenus) a dégringolé à -6%, alors que depuis la fin des années 1940, il avait toujours été positif. Une seule fois auparavant dans toute l'histoire des Etats-Unis, un tel phénomène avait eut lieu, c'était durant la Grande Dépression des années 1930. Mais si à cette époque le cash flow net négatif provenait de la baisse brutale des revenus des ménages, aujourd'hui, il résulte de leur volonté de maintenir un niveau trop élevé de leurs dépenses face à la progression limitée de leur pouvoir d'achat" (Aglietta et Berrebi)

"La réserve Fédérale [...] dit depuis quinze ans, au reste du monde et particulièrement à la Chine, aux pays exportateurs de pétrole et à leurs fonds souverains : mes deux déficits (de mon commerce extérieur et de mes finances publiques) sont trop gros pour que vous mettiez en faillite les Etats-Unis. Si nous coulons, le monde entier coule avec nous. Et c'est totalement vrai".


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Je n'ai pas totalement résumé ici la dernière partie de l'article (Capitalisme ou barbarie) qui reprend les points énoncés ci-dessus et essaye de proposer des solutions (passant notamment par l'europe). Elle nécessite plutôt une synthèse. Je ferai cela plus tard.
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